Étude de Changins (2016 > 2020) : des résultats peu concluants pour la biodynamie

Résumé d’une étude de Markus Rienth et al. de la Haute École de Viticulture et œnologie de Changins (Suisse). Article paru dans OENO One, Vol. 57 No. 1 (2023).

Titre original : Effects of biodynamic preparations 500 and 501 on vine and berry physiology, pedology and the soil microbiome

Résumé académique

Dans le but d’améliorer la durabilité, la résilience face au changement climatique et l’indépendance vis-à-vis des pesticides de synthèse dans l’agriculture, l’intérêt des consommateurs et des producteurs pour l’agriculture biologique et biodynamique n’a cessé de croître au cours des dernières décennies. C’est notamment le cas dans le secteur vitivinicole européen, où de plus en plus de producteurs passent de l’agriculture biologique à l’agriculture biodynamique. Cependant, malgré le nombre croissant d’études menées sur ce sujet, il n’existe toujours pas de preuves scientifiques claires démontrant que l’agriculture biodynamique améliore la physiologie de la vigne, sa résilience au stress, les paramètres liés à la qualité du sol, ainsi que la qualité des baies ou du vin. Afin de déterminer si les méthodes d’agriculture biodynamique ont un impact sur la physiologie de la vigne, la qualité des baies et l’environnement, une expérience sur cinq ans a été mise en place en 2016 dans un vignoble commercial en Suisse. Dans le cadre de cet essai, les deux principales préparations biodynamiques, les numéros 500 et 501, ont été appliquées et comparées à un témoin biologique. La physiologie de la vigne et des baies (photosynthèse nette, vigueur, teneur en sucre, acides organiques, poids des baies, rendement) a été évaluée de 2016 à 2020. Les propriétés physiques du sol (densité apparente, capacité de rétention d’eau, stabilité structurelle, volume des macropores) ont été analysées de 2017 à 2020, et les communautés fongiques du sol ont été étudiées par séquençage de l’ADN au cours de la dernière année de l’expérience (2020).

Pour l’ensemble des paramètres évalués, aucune différence significative n’a été observée entre les parcelles traitées et les parcelles témoins au cours de la période d’expérimentation. La présente étude confirme ainsi les conclusions de plusieurs groupes de recherche, qui ont montré que les différences entre l’agriculture biodynamique et l’agriculture biologique n’étaient pratiquement jamais significatives.

Nous n’avons donc pas pu confirmer les observations empiriques de nombreux viticulteurs biodynamiques qui rapportent fréquemment que les vignes issues de vignobles biodynamiques traitées avec les préparations 500 et 501 sont plus résistantes au stress et en meilleure santé, et produisent des fruits de meilleure qualité et, par conséquent, un vin de meilleure qualité. De plus, la présente étude n’a pas confirmé les rapports empiriques des viticulteurs faisant état d’une meilleure qualité du sol dans les vignobles biodynamiques.

Cependant, nous ne pouvons exclure que des essais plus longs, combinés à l’analyse de paramètres supplémentaires et/ou à une approche méthodologique différente, telle que l’épigénétique, puissent révéler certaines différences entre les vignobles gérés selon les principes de l’agriculture biologique et ceux gérés selon les principes de l’agriculture biodynamique.

Par ailleurs, la formulation et la fabrication des deux préparations utilisées (500/501), qui étaient des préparations standard disponibles dans le commerce, ont pu influencer les présents résultats. En raison de contraintes expérimentales, nous n’avons pas été en mesure de mener une approche biodynamique holistique complète impliquant non seulement l’application des deux préparations principales 500 et 501, mais aussi l’utilisation des différents produits naturels souvent ajoutés par les viticulteurs (par exemple, diverses préparations à base de compost et d’engrais verts) et le respect des cycles lunaires ; cela a pu affecter les résultats.