Synthèse d’un article de Johanna Döring et al. paru en 2019 dans American Journal of Enology and Viticulture Volume 70. DOI: 10.5344/ajev.2019.18047.
Titre original : Organic and Biodynamic Viticulture Affect Biodiversity and Properties of Vine and Wine: A Systematic Quantitative Review
Johanna Döring et ses collègues livrent ici une revue systématique et une méta-analyse quantitative des recherches comparant la viticulture conventionnelle, biologique et biodynamique. L’objectif est d’évaluer les effets de ces différents modes de conduite sur les propriétés du sol, la biodiversité, la croissance et le rendement de la vigne, les maladies, la composition des raisins, les caractéristiques sensorielles et la qualité du vin. Les auteurs ont retenu uniquement les travaux reposant sur des répétitions expérimentales de terrain représentatives ou sur un nombre d’échantillons suffisamment important. L’analyse rassemble des études réalisées dans différents pays et sur plusieurs cépages et cherche ainsi à dégager des tendances générales au-delà des résultats propres à chaque expérimentation.
Sol et activité biologique
Les résultats montrent une amélioration du cycle des nutriments dans les systèmes biologiques, particulièrement lorsque la période de conversion est achevée. Les sols conduits en agriculture biologique ou biodynamique présentent également une activité biologique plus importante. Les auteurs identifient plusieurs pratiques susceptibles d’expliquer ces différences, notamment l’utilisation de mélanges de couverts végétaux, l’apport de compost et l’absence d’herbicides. Ces pratiques favorisent une activité biologique accrue et modifient le fonctionnement du sol.
Biodiversité
L’un des résultats les plus nets concerne la biodiversité dans le vignoble. Parmi les 24 études portant sur cette question, 17 observent une augmentation claire de la biodiversité dans les systèmes biologiques, à différents niveaux trophiques. Les systèmes biologiques et biodynamiques présentent ainsi généralement une biodiversité plus importante que les systèmes conventionnels. Les auteurs attribuent principalement ces différences au régime de protection phytosanitaire et à la composition des couverts végétaux.
Croissance et rendement
La conduite biologique et biodynamique s’accompagne en moyenne d’une réduction de la croissance végétative de 21 % et du rendement de 18 % par rapport à la conduite conventionnelle. Cette diminution n’est pas corrélée au niveau de croissance ou de rendement atteint dans les parcelles conventionnelles : elle constitue donc une tendance générale plutôt qu’un simple effet observé dans les situations où la viticulture conventionnelle obtient les rendements les plus élevés.
Les auteurs mettent en relation cette réduction avec une moindre disponibilité en eau du sol et avec une diminution de plusieurs paramètres physiologiques de la vigne, notamment le taux d’assimilation du CO₂, la transpiration et la conductance stomatique.
Maladies et état sanitaire
Les études examinées prennent également en compte l’incidence des maladies. Les résultats sont toutefois moins homogènes que ceux concernant le sol, la biodiversité ou le rendement et ne permettent pas de dégager une différence générale aussi nette entre les systèmes de conduite. L’effet du mode de protection phytosanitaire apparaît néanmoins comme un facteur important dans les différences observées entre les systèmes, notamment pour la biodiversité.
Composition des raisins et des jus
Les auteurs ne trouvent pas de différence générale dans la concentration en matières solubles du jus entre les différents modes de conduite. Plus largement, l’analyse ne met pas en évidence de différence globale suffisamment cohérente dans la composition des baies ou du jus entre viticulture conventionnelle, biologique et biodynamique. Les différences observées dans certaines études individuelles ne se traduisent donc pas par un effet général lorsqu’elles sont regroupées dans la méta-analyse.
Caractéristiques sensorielles et qualité du vin
La même tendance apparaît pour le vin. Les données disponibles ne permettent pas d’identifier de différence générale de qualité du vin entre les différents systèmes de conduite. Les résultats sensoriels ne montrent pas non plus de tendance suffisamment constante pour établir une supériorité générale des vins issus de la viticulture biologique ou biodynamique. Les auteurs concluent ainsi qu’aucune différence globale de qualité du jus ou du vin ne peut être établie à partir des données disponibles.
Ensemble des résultats
La méta-analyse fait donc apparaître des effets particulièrement nets de la conduite biologique et biodynamique sur le fonctionnement écologique du vignoble. Les sols présentent une activité biologique accrue et un cycle des nutriments amélioré, tandis que la biodiversité est généralement plus élevée. En contrepartie, la croissance végétative et le rendement sont en moyenne inférieurs à ceux observés en conduite conventionnelle. Les différences sont beaucoup moins marquées lorsqu’on s’intéresse aux paramètres classiques de qualité du raisin et du vin : la teneur en matières solubles, la composition des baies et la qualité du jus et du vin ne présentent pas de différences générales entre les systèmes.
Les auteurs présentent enfin ces résultats comme une base pour orienter les recherches futures. La revue ne cherche pas seulement à établir des différences entre les systèmes, mais à identifier les mécanismes susceptibles de les expliquer, en particulier les interactions entre pratiques culturales, sol, disponibilité en eau, activité biologique, biodiversité et fonctionnement physiologique de la vigne.