Surmonter les écarts de rendement dans la viticulture biologique et biodynamique : enseignements tirés d’un essai de terrain mené pendant 18 ans

Résumé d’un article de Johana Döring et al. paru dans Agronomy for Sustainable Development Volume 46, 2026. DOI : https://doi.org/10.1007/s13593-025-01079-2.

Titre original : Overcoming yield gaps in organic and biodynamic viticulture: insights from an 18-year field trial.

Résumé de l’étude

La lutte contre la dégradation de l’environnement et le développement d’une agriculture durable constituent des défis majeurs du XXIe siècle. Les pratiques agroécologiques telles que l’agriculture biologique et biodynamique sont essentielles pour transformer l’agriculture et améliorer les services écosystémiques en évitant les intrants de synthèse. Bien qu’elles soient souvent critiquées pour leurs rendements plus faibles, on sait peu de choses sur la manière dont ces systèmes s’adaptent et fonctionnent sur de longues périodes dans des conditions climatiques variables, en particulier pour les cultures pérennes telles que la vigne. Il s’agit là d’une lacune importante dans les connaissances. Une compréhension de la capacité d’adaptation à long terme de ces systèmes est en effet essentielle pour concevoir des dispositifs de production résilients et durables face au changement climatique.

Cet essai en plein champ (essai INBIODYN, mené pendant 18 ans à Geisenheim, en Allemagne), comble cette lacune en évaluant les effets à long terme de la gestion biologique, biodynamique et intégrée sur Vitis vinifera cv. Riesling. Il s’agit de la seule étude à long terme sur les cultures pérennes visant à comparer systématiquement l’impact de ces systèmes sur les paramètres agronomiques, le rendement des plantes et la qualité du raisin, en observant leur évolution après la conversion ainsi que leur réponse à la variabilité climatique.

Au départ, les systèmes biologiques et biodynamiques ont affiché des rendements plus faibles et une vigueur de la vigne réduite par rapport à la culture intégrée (−17% et −14% respectivement). Cependant, les écarts de rendement se sont considérablement réduits après environ une décennie. L’analyse des points de changement a révélé une amélioration des rendements relatifs dans les parcelles biologiques et biodynamiques 8 à 9 ans après la conversion, accompagnée de valeurs stables ou améliorées de l’indice de Ravaz.

Il est à noter que, lors des millésimes chauds et secs, les systèmes biologiques et biodynamiques ont affiché des effets de rendement accrus (+2,3 % et +9,0 %, respectivement) ainsi qu’une augmentation de l’azote disponible pour les levures. À l’inverse, les écarts de rendement ont persisté lors des millésimes plus frais et plus humides, probablement en raison de pertes induites par des agents pathogènes. Les carences en nutriments n’étaient pas la cause principale des baisses de rendement initiales, et les paramètres de qualité du raisin ne présentaient que des différences minimes entre les traitements.

Ces résultats à long terme démontrent que la viticulture biologique et biodynamique peut surmonter les déficits de rendement initiaux et potentiellement surpasser la production intégrée dans des conditions de plus en plus chaudes et sèches. Ces résultats mettent en évidence la capacité d’adaptation et la résilience climatique des systèmes agroécologiques, offrant une voie durable pour l’agriculture pérenne de demain.